Vœux 2017 à l’Enseignement Catholique

février 7, 2017 Commentaires fermés sur Vœux 2017 à l’Enseignement Catholique

Jean-Luc BRUNIN, Évêque
Le 12 janvier 2017

Présentation des vœux à l’Enseignement Catholique

Merci d’avoir répondu présents à cette cérémonie traditionnelle des vœux. Au-delà de l’aspect protocolaire de cette manifestation, je veux surtout retenir son côté amical. En venant ce soir, vous donnez visage à l’enseignement catholique de notre diocèse, une des forces vives de notre Eglise. Et je voudrais commencer par vous remercier de l’investissement que vous consentez pour faire vivre et prospérer les établissements catholiques d’enseignement. Vous représentez ce soir les communautés éducatives qui sont comme l’âme de vos établissements. Que vous soyez enseignants, chef d’établissement, parents d’élèves, personnel administratif et de service, gestionnaires au sein des OGEC, animateurs pastoraux ou encore jeunes scolarisés, c’est vous qui faites vivre l’enseignement catholique et donnez corps à la mission éducative de l’Eglise au Havre.

Mon premier vœu sera, au-delà des souhaits de santé et d’épanouissement pour chacun et chacune de vous et de vos proches, que vous puissiez trouver joie et source de croissance dans votre implication au sein des communautés éducatives. Je me félicite du bon esprit qui règne dans l’enseignement catholique au Havre. J’apprécie la cohésion et la collaboration des divers acteurs : chefs d’établissement, enseignants, membres des OGEC, APS … Permettez que je remercie de façon particulière les responsables diocésains : le Conseil de tutelle, le CODIEC, Nicolas BLONDEAU, responsable pastoral diocésain, et celui qui est mon délégué épiscopal pour l’Enseignement Catholique, et votre Directeur Diocésain, Hervé LECOMTE. Je salue leur dynamisme largement contagieux chez tous les acteurs de notre enseignement catholique. Je constate avec bonheur qu’entre tous les acteurs règnent la concorde, la recherche commune, la mise en synergie des efforts et des initiatives, sans esprit de concurrence. Je me félicite de votre excellent travail au service des jeunes et de leurs familles. Le rapport d’activités et le projet diocésain qui sont promulgués ce soir, témoignent largement de ce beau dynamisme. Un corps social sans projet et sans lisibilité pour l’avenir, serait un corps en voie de momification. Je me réjouis de voir que l’enseignement catholique est bien vivant et qu’il remplit courageusement la mission que l’Eglise lui confie : cette présence évangélique et évangélisatrice auprès des jeunes dans le domaine éducatif.

Des indications intéressantes qui stimulent notre responsabilité éducative

Je crois que la bonne santé de l’Enseignement catholique n’est pas limitée au Havre. L’offre éducative des établissements catholiques est reconnue par les familles dans l’ensemble de notre pays. Deux notes d’information publiées récemment par l’Éducation Nationale mentionnaient l’évolution des effectifs à la rentrée dernière :

*en maternelle, le public perd 1,3 % de ses élèves, tandis que le privé connaît une évolution inversement proportionnelle.

*en élémentaire, dans un contexte de hausse démographique, le public connaît certes une hausse (+0,4 %) mais moins forte que celle enregistrée par le privé (+1,6 %). Ce dernier totalise désormais 13,7 % des effectifs du primaire (+0,2 point).

*dans le second degré, avantage également au privé, qui progresse de 0,9 %, contre une hausse de 0,7 % dans le public. L’écart est particulièrement frappant au collège. Le nombre d’inscrits a grimpé de 0,9 % dans le privé, quand le public voyait ses effectifs en légère régression (-0,4 %).

Loin de moi la tentation malsaine de faire du triomphalisme ou de cultiver un esprit de concurrence entre l’enseignement catholique et l’enseignement public. Nos établissements ne participent-ils pas pleinement au service public de l’Education Nationale dans lequel nous sommes insérés par le contrat d’association ? Et c’est l’honneur de l’Enseignement catholique que de vouloir s’ouvrir à tous et de mettre en œuvre le « caractère propre », dans l’esprit de la loi Debré, et comme le statut récemment promulgué par les évêques, l’a redit de façon claire et sans ambiguïté. Cette ouverture est, certes, parfois difficile à gérer. Mais c’est pour nous un défi nécessaire à relever dans l’intérêt des jeunes. Si, par malheur, on se repliait pour cultiver un « entre-soi » confortable, douillet, sans aspérités et sans différences, nous serions coupables de non-assistance à jeunes en danger ! Comment pourraient-ils tenir debout comme personnes adultes et comme chrétiens dans une société devenue durablement plurielle ?

Les chiffres relatifs aux effectifs dans l’enseignement catholique sont indicatifs de notre grande responsabilité à l’égard des jeunes et des familles. Je voudrais, dans la dernière partie de ce que je souhaite vous partager, éclairer une des dimensions de votre responsabilité éducative. Comment accompagner les jeunes à l’heure des recherches numériques et de la multiplication des réseaux dits « sociaux » ?

Il nous faut d’abord distinguer deux niveaux dans le rapport des jeunes à la sphère Internet. Il y a d’abord l’outil technique qui permet d’aller chercher l’information, de la traiter et de construire les savoirs. Cet outil participe aussi de la culture de la communication. L’acte éducatif ne peut l’ignorer et doit inclure, dès le plus jeune âge, les temps d’apprentissage et de maîtrise de l’outil numérique.

Mais il existe un second niveau éducatif dans ce monde du numérique. C’est le niveau, non seulement de la construction des savoirs, mais aussi de leur validation. C’est la question de la vérité que tout jeune doit pouvoir approcher librement avec l’aide de ses éducateurs. Cela passe par la capacité à prendre de la distance à l’égard des informations multiples qui lui arrivent et par la formation de sa capacité à juger par soi-même. C’est dans cet univers du numérique que l’enseignement catholique reçoit mission d’éduquer l’homme, le citoyen et le chrétien.

Le dictionnaire d’Oxford a consacré comme « mot de l’année 2016 », l’expression « ère de la post-vérité ». Les expressions « ère post-factuelle » et « ère post vérité » ont cours non seulement aux Etats-Unis et au Royaume Uni mais aussi en Australie, en Inde ou en Russie et dans les pays où sont développés les réseaux sociaux et l’information en continu 24h sur 24. Ces néologismes ont fait leur apparition aux Etats-Unis, pour expliquer la théorie du complot après les attentats du World Trade Center. En 2016, ils ont retrouvé une nouvelle vigueur avec les campagnes politiques qui ont abouti au Brexit et à l’élection de Trump.

Comment définit-on cette « ère post vérité » ou « post factuelle » ?

Les sociologues la définissent comme une culture politique où les leaders orientent les débats vers les émotions en usant d’éléments de langage qui ignorent les faits (qui, parfois, les manipulent !) pour soustraire aux réalités leur discours à des fins manipulatrices et électoralistes. Débarrassés des contraintes comme la preuve d’experts, les témoignages et reportages relaient des affirmations mêlées à des images qui jouent sur l’émotion et emportent l’adhésion du public. Par exemple, les partisans du Brexit ont relayé massivement que le Royaume-Uni versait 350 millions de livres sterling à l’Union Européenne sans aucun retour. Après le référendum favorable au Brexit, l’ancien maire de Londres a dû avouer qu’il s’était trompé et renonçait à assumer l’exercice du pouvoir. Cela conduit à des situations où les faits réels perdent toute influence sur les opinions publiques au profit des appels à l’émotion et aux opinions personnelles préétablies et non critiquées. La blogosphère et l’information en continu sont les propagateurs de cette ère post vérité dans laquelle nous baignons tous.

Pourquoi évoquer cette réalité de notre culture ambiante, si ce n’est pour pointer ce défi éducatif. L’ère post factuelle ou ère post vérité met en péril la démocratie et aliène les citoyens. Face à cette situation qui affecte les jeunes pris dans l’univers numérique, nous sommes mis au défi de la rigueur dans le traitement de l’information, de la formation du jugement face au ressenti émotionnel, de l’éducation de l’affectivité et du relationnel, de l’ascèse dans la recherche du vrai. La vérité ne peut pas être validée uniquement par des émotions (ce que je ressens comme vrai), ni par des idées à-priori (ce que j’affirme vrai sans examen critique). La quête de la vérité est d’un autre ordre.

Il ne s’agit pas d’enfermer les jeunes dans une bulle protectrice qui les isolerait de cette ère post vérité qui envahit tous les domaines, pas seulement politique. Vouloir le faire et les surprotéger, relèverait de l’illusion. Mais, et c’est le vœu que je formule pour vous-mêmes et pour l’enseignement catholique, que l’action éducative intègre cette donnée nouvelle, sans panique ni découragement, mais avec la volonté de former des consciences citoyennes et chrétiennes. Le Christ nous le dit : « la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32). Encore faut-il que nous validions, instruits par la tradition chrétienne (éthique évangélique, pensée sociale de l’Eglise …), les modalités de quête de la vérité qui fera grandir dans la liberté, les jeunes qui vous sont confiés. C’est une belle mission que vous portez ensemble. Bonne année à tous !

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